Caladium
Tout ce qu'il faut savoir !

Caladium : tout ce qu’il faut savoir !

Caladium : tout ce qu’il faut savoir ! 1920 1440 The Black Leaf

Vous l’avez sans doute remarqué, le caladium est LA plante star du moment. Si vous êtes un(e) amoureux(se) des plantes tropicales colorées au feuillage exubérant, vous avez sans doute déjà succombé à l’appel de ces sublimes créatures. Étant donné que ces plantes sont pour le moins difficiles à trouver dans l’hexagone, il existe peu d’informations sur cette espèce rédigées en français. Je sais que vous êtes nombreux à vous interroger sur la culture et l’histoire du caladium. J’ai donc souhaité relever humblement un défi : celui de partager tout ce que j’ai appris grâce à mes expériences personnelles et mes recherches sur le sujet !
Vous êtes prêts à devenir incollables sur les caladiums ? Alors c’est partit !

Un peu d’histoire…

Le temps des découvertes

Le caladium aurait été découvert au Brésil en 1767 par le naturaliste français Philibert Commerson. Tout d’abord décrit sous le nom d’arum bicolore, il a été re-classifié une vingtaine d’années plus tard par le Professeur Etienne-Pierre Ventenat dans une nouvelle famille appelée caladium.
C’est alors que trois explorateurs français envoyèrent des bords de l’amazone, en 1857, à un horticulteur parisien 8 tubercules de caladiums différents à feuilles diversement maculées :

  • C. argyrites (humboltdii)
  • C. Chantinii
  • C. Neumanni
  • C. Brongniarti
  • C. argyrites (humboltdii)
  • C. Chantinii
  • C. Neumanni
  • C. Brongniarti

Caladium Neumannii

Caladium Humboltdii, Caladiums bicolores

D’autres caladiums furent importés et commercialisés seulement, d’après certains botanistes ils ne méritaient pas de distinctions spécifiques et auraient du être rangés comme de simples variations du caladium bicolor.
Les chercheurs de l’époque ont mis pas mal de temps avant d’admettre que ce n’est pas parce que la première variété de caladium qui a été découverte fut un caladium bicolore, qu’il fallait que ce dernier soit à l’origine de l’espèce. Le premier caladium aurait pu être complètement vert, sans variations de couleurs et aurait pu peut être s’hybrider naturellement ?

C’est grâce à ce constat qu’Alfred Bleu, horticulteur connu pour ses hybridations d’orchidées, démarre la fabuleuse histoire des hybridations artificielles sur les caladiums. Et autant dire qu’il n’a pas perdu son temps ! C’est en 1861 qu’il a cultivé ses premiers caladiums et c’est en 1862 qu’il a pu obtenir ses premières graines et fait ses premiers semis. On lui doit beaucoup de variétés encore cultivées aujourd’hui telle que l’incroyable caladium Candidum.
La première exposition publique de caladium a eu lieu en 1867 lors de l’exposition universelle du Champ-de-Mars à Paris, faisant exploser sa popularité à travers le monde. Les horticulteurs de l’époque s’accordent à dire que c’est une vraie fierté et un honneur que de si splendides variétés aient été créés par un Français.

Le caladium a donc eu son heure de gloire en France ! Malheureusement, c’est autour des années 1900 que les jardiniers abandonnent au fur et à mesure la culture de plantes tropicales de serres pour privilégier des plantes parfois moins belles, mais aussi moins coûteuses d’entretien.

Le caladium en Amérique

L’histoire du caladium ne s’arrête là, car au moment même où sa culture Française s’essouffle, il connait un tout nouvel engouement outre atlantique. Le Dr. Henry Nehrling, devenu l’un des principaux hybridateur en Amérique du nord, découvre les travaux d’un allemand expatrié au Brésil : Adolph Lietze, surnommé « Le roi du caladium ».
C’est dans le climat chaud et humide de Rio de Janeiro que Lietze a obtenu de très bons résultats en utilisant les meilleures variétés obtenues en France, dont de nombreuses créées par Alfred Bleu.

Dr. Henry Nehrling a suivi les traces de Lietze pour créer à son tour de nouvelles variétés. C’est en s’associant avec un autre horticulteur, Theodore Mead que Dr. Henry Nehrling met au point les variétés dites « Lance », à feuilles sagittée, de plus petite taille et facilement cultivables en pots et jardinières.

Il est tout à fait possible de trouver ces cultivars de nos jours, cependant, il sera malheureusement quasi impossible de les trouver sous leurs noms d’origine.
C’est grâce à tout ces passionnés que la capitale des bulbes de caladiums se trouve aujourd’hui à Lake Placid, en Floride, où se tient chaque année un festival de caladiums.

Caladium Candidum

Caladium Dreamland

Le caladium en Thaïlande

Il semblerait que le caladium ait connu une histoire secrète en Thaïlande. Selon les horticulteurs thaïlandais d’aujourd’hui, le tout premier caladium (Prince of Denmark) aurait été introduit sous le règne du roi Rama V au milieu des années 1800. Il aurait été hybridé avec une variété blanche que les thaïlandais appellent « I Neow » pour créer de fabuleux cultivars.
Durant plusieurs années, la culture et l’hybridation de caladiums ont été effectués dans le secret pour le plaisir unique de la famille royale et d’après des spécimens inconnus de l’occident. Vient au tour de l’aristocratie locale de cultiver jalousement le caladium, jusqu’à ce que l’association thaïlandaise de Caladium soit fondée en 1981 par un commandant de police ; le général Poj Boonyjinda.

La Thaïlande devenant un pays émergent a vu se développer des classes moyennes aspirant au jardinage pendant ses loisirs et la culture du caladium est devenue un vrai sport national. Ces sublimes créatures longtemps cachées sortaient de l’ombre lors de compétitions dans la ville de Bangkok et ont enfin pu être commercialisées sur les marchés destinés au grand public.

Plus de 100 ans après son introduction, le caladium est devenu extrêmement populaire en Thaïlande, mais aussi dans ses pays voisins tels que l’Indonésie, les Philippines et la Malaisie. Les hybridateurs thaïlandais ont développé leurs recherches autour de l’intensité et la pureté des couleurs, jusqu’à en faire pâlir de jalousie les plus beaux cultivars américains.
Aujourd’hui, le caladium Thaï brille sur le devant de la scène devenant de plus en plus convoité par les collectionneurs.

Thaï ou américain, quelles différences ?

Comme expliqué précédemment, les horticulteurs Thaïs ont tous misé sur les déclinaisons de couleurs. Et le moins que l’on puisse dire est que les résultats obtenus sont vraiment stupéfiants. Ces variétés surpassent tout ce qui est disponible en terme de déclinaisons de teintes en sein d’une même couleur.

Alors que le feuillage les caladiums US se distingue par sa grande envergure, les hybrides Thaïs ont la particularité de produire un feuillage plus petit et pour la plupart plus arrondit. Il en va de même pour la taille des bulbes. Il vous sera quasiment impossible de trouver des bulbes Thaï d’aussi gros calibre que son cousin américain, c’est pourquoi les versions Thaïlandaises mettent plus de temps à se développer que les US.

D’après Lari Ann Garner (directrice de la recherche Aroidia Research), les feuilles de caladiums Thaïs sont globalement plus épais et plus lourds que des variétés horticoles bien connues comme le « White Christmas » ou le « Postman Joyner ».
Néanmoins, il se rejoignent tout de même sur un point : ni l’un ni l’autre n’est rustique, les Thaïs étaient les plus frileux.

Au grès de mes recherches j’ai constaté une nette différence de prix entre ces caladiums allant du double au triple pour les Thaïs. Ne soyez donc pas étonnés de recevoir un petit bulbe pour une vingtaine d’euros car c’est bel et bien le prix de la rareté 🙂

Américain à gauche, Thaï à droite

La culture du caladium

Généralités

Étant donné que ce sont des plantes frileuses, les caladiums seront principalement cultivés en tant que plante d’intérieur ou véranda/serre chauffée. Ils pourront être plantés en extérieur à l’ombre durant la période estivale puis délogés en début d’automne, avant les premières gelées.

Substrat

Le caladium a besoin d’une terre riche en humus et légèrement acide. Vous pouvez donc préparer un mélange composé d’un tiers de terre de bruyère et de 2 tiers de terreau horticole auquel vous ajouterez un peu de tourbe.

Engrais

Lors de sa période végétative, il est conseillé de fertiliser le caladium. Privilégiez un engrais liquide pour plantes vertes tous les 8 à 15 jours.

Arrosage

De part ses origines tropicales le caladium s’épanouira pleinement dans un environnement chaud et humide.

Au printemps / été : maintenez le substrat légèrement humide en veillant à ce que l’eau ne stagne pas dans un cache pot ou soucoupe. Vous pouvez aussi vaporiser le feuillage avec une eau non calcaire de préférence. Le moins contraignant pour limiter le calcaire de l’eau est d’utiliser une carafe filtrante.

En automne/ hiver : Réduisez l’arrosage de sorte à laisser le substrat s’assécher entre 2 arrosages.

Exposition

Installez votre caladium en véranda / serre ou près d’une fenêtre sans soleil direct. Si votre intérieur est peu lumineux, vous pouvez le placer sous un éclairage horticole à LED.

Hivernage

À l’automne, si votre caladium peine à faire de nouvelles feuilles et qu’il semble moins beau et moins vigoureux, c’est que celui-ci se prépare à hiverner. Coupez les dernière feuilles à ras puis, placez le pot dans un endroit sombre à une température idéalement comprise entre 16 et 18°, jusqu’au printemps suivant. Si vous manquez de place de stockage (surtout si vous avez plusieurs caladiums), il est tout à fait possible de déterrer les bulbes et les stocker dans un contenant aéré (type filet) rempli de perlite / vermiculite ou encore copeaux de bois.
Malgré le fait que la plupart des caladiums hivernent naturellement, il arrive que certains gardent leur feuillage durant tout l’hiver. Il faut à ce moment là continuer les arrosages dès que le substrat s’assèche.

Maladies

Exactement comme ses cousins proches, le caladium a 3 principaux ennemis :

  • Les acariens (araignées rouges)
  • Les pucerons (principalement sur les jeunes pousses)
  • Les cochenilles

Pour savoir comment venir à bout de ces 3 parasites, je vous invite à aller visionner ma vidéo IGTV sur la culture des colocasias.

  • Les mouches de terreau

Ces mouches sont le cauchemar des amoureux de plantes tropicales, et pour cause ! Outre le fait que de voir voler des moucherons chez soi est franchement désagréable, les sciarides pondent leurs larves dans les pots ou la terre reste constamment humide.
D’apparence inoffensives, ces larves blanches et plutôt translucides raffolent des substrats riches en humus et se nourrissent, entre autres, des poils radiculaires des racines (c’est par là que la plante absorbe les nutriments). La plante n’est donc plus en mesure de se nourrir correctement.
Mais là où les sciarides posent le plus de problèmes, c’est qu’elles causent des plaies, favorables au développement de champignons et autres bactéries. C’est en cela que ces larves constituent un danger pour les bulbes de caladiums (mais aussi pour les rhizomes, tubercules…).

Si l’infestation est importante, le plus simple est de changer le substrat après avoir bien nettoyé les racines ou le bulbe de la plante à l’eau claire ainsi que le pot. Il est aussi possible d’envisager la lutte biologique pour une attaque légère à moyenne.
Enfin, pour limiter au maximum l’apparition de ces parasites, vous pouvez installer une couche de sable ou de petits cailloux à la surface du pot et de laisser le substrat sécher entre deux arrosages.

Feuillage altéré / carences

Tâches brunâtres sur le feuillage : c’est probablement une attaque de champignon (anthracnose). Si vous constatez ce problème rapidement, vous pouvez supprimer le feuillage contaminé sans traitement, tout en gardant un oeil sur l’évolution du caladium.

Feuilles à l’aspect brûlé : Si vous constatez que les feuilles les plus âgées ont un aspect brûlé autour des marges cela peut être causé par différents facteurs : trop de soleil, hygrométrie insuffisante ou encore excès d’engrais.

Sachez que les caladiums à feuillage clair, translucides (type Caladium moonlight) auront tendance à avoir cet aspect brûlé plus que ces autres congénères.
Enfin, un manque de potassium ou de phosphore peut être à l’origine de ces tâches disgracieuses.

Faire germer un bulbe de caladium

La germination des bulbes de caladiums engendre sueurs froides, observation de tous les instants et patience…. En effet, ils ont une fâcheuse tendance à ramollir par le dessous dans un premier temps, puis à pourrir complètement.

Quand et comment planter ?

La plantation de bulbe se fait au printemps de sorte à de lui offrir les meilleures conditions pour germer. Pour avoir testé la germination en terre, je peux affirmer que le taux de pourriture est assez important. J’ai donc testé le terro’plum à la fibre de coco compactée pour plusieurs raisons.
La première est qu’il ne contient pas de fibres comme celles que l’on peux trouver dans les pastille de coco traditionnelles qui ont la particularité de stocker l’humidité. Hors, s’il faut à tout prix éviter une chose lors de cette phase c’est bien l’excédent d’eau.
Ensuite, ce terreau est extrêmement léger et facilitera le développement racinaire du bulbe, chose primordiale pour le caladium.
Enfin, le terreau est enrichi en engrais à diffusion lente, offrant à notre tout jeune caladium les nutriments dont il aura besoin lors de sa phase de développement.
Plantez le bulbe à la surface du pot, de manière à le laisser légèrement dépasser du substrat puis arrosez-le dès qu’il s’assèche.

Surveiller le bulbe

Il est important de surveiller régulièrement le bulbe en le déterrant environ une fois par semaine pour surveiller d’éventuelles pourritures.
Si vous constatez un ramollissement du bulbe, il faut agir vite. Sortez-le du pot, munissez-vous d’un couteau propre et bien tranchant puis retirez la partie molle. Laissez sécher le bulbe à l’air libre et replantez-le une fois la plaie cicatrisée.
Pour éviter la contamination de bactéries et de champignons, il est aussi possible de saupoudrer de la cannelle sur la plaie avant de la laisser sécher.
Afin écarter tout risque de pourriture ou ramollissement, il est également possible de placer le pot sur un tapis chauffant. Ce dernier assurera une chaleur de fond constante et assèchera le substrat plus rapidement que la normale bloquant ainsi d’éventuelles pourritures.

Et après ?

Dès lors que les racines apparaitront et que la première feuille pointera le bout de son nez, il sera alors possible de soutenir les arrosages comme indiqué ci-dessus et le rempoter dans un substrat plus approprié.

La multiplication des caladiums

La multiplication du caladium est possible par semis (mais fortement compliquée !), le plus simple étant bien évidement de diviser les bulbes. D’une année sur l’autre, un bulbe principal en produira de nouveaux et vous pourrez ainsi les diviser en utilisant un outil tranchant propre. Ils pourront être transplantés une fois la plaie cicatrisée.

Sachez que si lors de l’achat de caladium vous recevez un ensemble de petits bulbes collés à un plus gros, il sera préférable de les séparer du parent. En effet, le plus gros bulbe aura tendance a pomper toute l’énergie pour son développement au détriment, des plus petits d’où la nécessité de les séparer. Il sera tout à fait possible de les planter ensemble pour avoir un aspect touffu dans un contenant assez large.

Et bien voilà, maintenant les caladiums n’ont plus de secrets pour vous ! J’espère que cet article vous sera utile et vous permettra de faire pousser du mieux possible vos caladiums ! Bonne culture à tous et je vous dit à très bientôt pour un nouvel article 🙂

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