Des plantes grimpantes...

et des tuteurs

Des plantes grimpantes… et des tuteurs

Des plantes grimpantes… et des tuteurs 800 1200 The Black Leaf

Aujourd’hui je vais vous parler d’un objet de discordes. Vous savez, cette chose dressée droit comme un « i » au beau milieu de votre salon, celui qui plombe toute votre déco, parfois poilu et de couleur marron… ? Je parle bien entendu du fameux tuteur en fibres de coco 😉 Avouez qu’il vous est déjà arrivé de le regarder avec mépris, tout en vous imaginant ce que la vie pourrait être sans lui et de retrouver une déco harmonieuse et sans obstacle visuel…
J’ai toujours trouvé les tuteurs affreux et souvent plus imposants que la plante elle-même. Avez vous déjà entendu une personne s’extasier devant cette chose comme on le ferait devant une oeuvre d’art ? J’en déduis alors qu’une majeure partie de vous est d’accord avec moi, je me trompe ?

Je suis sure que vous avez déjà retiré un tuteur en vous disant : « bon, bein, au lieu de grimper, elle tombera ! Je pourrai l’installer en suspension pour que ce soit plus joli ! »
Ou que vous vous êtes sentis désemparés à ce moment crucial : « Et une fois que ma plante dépasse le tuteur, je fais quoi ? »
Je vais vous confier quelque chose : vous n’êtes pas seuls ! Avant de répondre à vos interrogations d’ordre technique, je vais vous expliquer les raisons qui m’ont poussé à rédiger cet article et que je trouvais intéressantes de partager avec vous, ça vous dit ?

Le syndrome l’autruche

L’an dernier, j’ai eu la chance de pouvoir ramener un Philodendron Melanocrysum de voyage. Il était déjà de belle taille et sa tige, d’environ 2 cm de diamètre, tenait d’elle même parfaitement droite.
Je n’ai donc pas jugé indispensable de lui ajouter un tuteur, pour les raisons esthétiques que vous connaissez. Je l’ai donc laissé faire sa vie quelques mois. Un beau jour je me suis rendu compte, que la tige poussait indéfiniment, sans faire de feuille au niveau de chaque noeud, comme il aurait du le faire. Une feuille est apparue une peu plus tard, bien plus petite que les précédentes tout en haut de la tige à moitié dénudée. Au niveau de chaque noeud, des petites racines naissantes pointaient le bout de leur nez, sans se développer.
Je n’arrive pas à définir s’il s’agissait de « je m’en foutisme » et du fait qu’inconsciemment, je refusais l’idée de lui apporter ce dont il avait besoin pour s’épanouir pour des raisons esthétiques. Et peut être qu’au fond, j’imaginais que ce philo allais me comprendre, moi et mes histoires de déco. Mais bien sûr !
Ayant attendu un certain temps avant de réagir, je n’ai pas eu d’autre solution que de couper la longue tige pour en faire des boutures et le rempoter avec… Un tuteur.

Philodendron Melanocrysum, avant qu’il ne me fasse la longue tige dénudée

Observations

Ayant plusieurs Philodendron Melanocrysum à différentes maturités j’ai pu observer que les très jeunes sujets ont des racines aériennes qui se développement bien plus aisément que les sujets les plus âgés et se dirigent donc plus facilement d’elles même vers le tuteur. Dans mon précédent article sur les Anthurium, j’évoquais la différence entre les plantes épiphytes et hémiépiphytes ainsi que leurs modes de développement. Petit rappel oblige, ces plantes vont chercher tout en haut de la forêt, 4 éléments fondamentaux indispensables à leur survie : l’humidité, l’air, la lumière et les nutriments. Mais ce n’est pas tout ! De nombreuses plantes épiphytes vont aussi radicalement changer d’apparence tout au long de leur vie, exactement comme nous, être humains ou animaux. Cette évolution physique s’appelle l’ontogenese.

De la recherche d’un support à l’ontogenese.

Comme vous le savez, de nombreuses plantes que nous avons chez nous sont des plantes tropicales qui poussent dans des forêts humides voire très humides. Les racines sont constamment humidifiées et dès leur plus jeune âge, les plantes se dirigent, contrairement à ce que l’on pense, vers les zones d’ombre, synonyme de présence d’un tronc. Ce processus incroyable porte le doux nom de scototropisme.

Cercestis mirabilis, forme juvénile – Copyright Patrick Blanc

Cercestis mirabilis, forme adulte – Copyright Patrick Blanc

La croissance scototrope, fait partie intégrante de l’ADN de nombreuses plantes tropicales pour trouver un arbre auquel s’agripper. C’est grâce à ce processus que la plante va pouvoir alors s’élever, pour aller chercher la lumière, plus intense en haut de la canopé, produire de plus en plus de chlorophylle, le tout, sans avoir besoin de construire une structure auto-portante (tronc). En résumé, le génie de la flemme ! ¯\_(ツ)_/¯
Ce phénomène s’avère également être d’une grande efficacité pour éviter d’éventuels prédateurs terrestres, en mettant à l’abri, en hauteur, leurs fleurs et leurs fruits.

En grandissant et au fur et à mesure que la plante s’élève, celle-ci va connaître plusieurs métamorphoses pour arriver à sa forme adulte.
Priver une plante grimpante de support, engendre donc des problèmes de croissance, plus ou moins importants selon les espèces. Bien entendu, il n’est pas « vital » d’ajouter un tuteur à toutes les plantes grimpantes, certaines le vivent plutôt bien, un peu comme celui que nous avons tous chez nous, le fameux pothos alias epipremnum aureum. Pas vital, certes, et outre nos conditions climatiques bien différentes de celles de son milieu d’origine, cela aura des incidences sur son développement.

Pothos, epipremnum aureum, forme juvénile – Copyright Henry & the garden

Pothos, epipremnum aureum, forme adulte – Copyright Christian Defferrard

Confusion entre les stades de croissance

Les différences entre certaines plantes au stade juvéniles ou adultes sont parfois tellement impressionnantes, qu’il est très facile de les prendre pour 2 espèces différentes.
Rien n’est plus parlant qu’un dessin alors, voici quelques évolutions morphologiques observées chez les monstera.

26 – Monstera lechleriana, 27 – Monstera siltepecana

28 – Monstera punctulata, 29 – Monstera acuminata

30 – Monstera dubia, 31 – Monstera pittieri, 32 – Monstera tuberculata

Monstera dubia, forme juvénile – Copyright Shirley Sekarajasingham

Monstera dubia, forme adulte – Copyright Reinaldo Aguilar

Action, réaction !

Revenons-en à mon Philodendron Melanocrysum. Je lui ai donc fabriqué un tuteur pour lui permettre de s’agripper comme bon lui semble. J’ai réalisé des petites papillotes de cellophane, remplies de mousse de saignes humides afin de stimuler ses mini racines naissantes à chaque noeud. Il a suffit de quelques jours pour observer leur développement à travers la papillote, signe que la stimulation avait bien fonctionné.
C’est un peu plus tard que j’ai eu la joie de découvrir que la tige principale recommençait à pousser pour préparer une nouvelle feuille !
Il va falloir que je sois très attentive à ce que les prochaines racines se développement bien au contact du tuteur en le maintenant le plus possible humide.

Tige de gauche : papillote avec racine apparente, tige de droite : racines naissantes.

Les tuteurs

Les tuteurs en coco sont souvent épais, ce qui n’a aucun intérêt pour une plante de taille moyenne ou petite. J’ai alors choisi de le fabriquer moi même avec du grillage à poules et de la mousse de sphaigne humide. L’avantage de ce grillage est qu’il est assez rigide pour tenir droit de lui même.
Quoi qu’il en soit, faudra que vous utilisiez une texture souple et qui retient l’eau. Les racines sont attirées par l’humidité, ce qui fait qu’un tuteur en bambou ne sera pas efficace. Néanmoins, il est tout à fait possible d’enrouler de la ficelle de coton autour de ce tuteur en bambou. N’oubliez pas de le pulvériser régulièrement ou de faire couler de l’eau dessus lors de l’arrosage de la plante.

Questions pratiques

Que faire si ma plante dépasse du tuteur ?

Il est impossible que vous ne vous soyez jamais retrouvé face à cette situation ;).
En général, les tuteurs qui sont fournis avec votre plante ne sont, malheureusement pas extensibles. Voici les différentes options qui s’offrent à vous :

  • 1- Changer de tuteur
    Cela peux paraître basique comme réponse, mais si votre plante a les racines bien ancrées dans le tuteur d’origine, il va falloir vous armer de patience, pour les décrocher délicatement afin de ne pas les abimer. Trouvez un tuteur plus grand en jardinerie, puis installez votre plante, et plaquez la tige principale au niveau des racines avec de la ficelle ou du raphia. Humidifiez régulièrement cette zone pour que les racines se fixent à nouveau.
  • 2 – Couper votre plante
    Je comprend tout à fait que ce n’est pas spécialement l’option la plus envisagée au départ, mais cela peux être un très bon moyen de densifier la plante en la repiquant dans le même pot. Vous pourrez ainsi masquer ce vilain tuteur avec plusieurs lianes.
  • 3 – Ajouter une extension de tuteur
    Je sais qu’il existe des tuteurs en coco dans le commerce qui sont emboitables, mais pour cela, vous devrez passer par l’option 1. Ainsi, vous pourrez indéfiniment rallonger votre oeuvre d’art 😉
    Pour ma part, j’ai anticipé la croissance de la tige en doublant mon tuteur en grillage, histoire d’être tranquille pendant un moment.
  • 4 – Laisser dépasser la plante
    C’est ce que j’ai fait avec une de mes mMonstera deliciosa, je ne me voyais pas ajouter un tuteur de 3 mètres de hauteur en plein milieu du salon, non mais ho ! Etant donné que le mien est encore juvénile, je ne suis pas sure de le voir beaucoup évoluer, mais à un moment donné, il faut faire un choix, n’est-ce pas ?

Monstera deliciosa

Ma plante s’est fixée au mur, que faire ?

J’avais depuis un certain temps un Monstera Acacogayensis, qui, ma fois ne ressemblait vraiment pas à grand chose. Tout frêle, je l’ai laissé faire sa vie mais je voyais bien qu’il n’était pas heureux. Ses feuilles restaient désespérément petites et jaunissaient, jusqu’à ce qu’il se dégarnisse complètement de sa base. Comme vous commencez à me connaître, je l’ai mis dans un coin en priant pour qu’il trouve la solution de lui même.
Croyez-le ou non, c’est exactement ce qu’il s’est passé. J’ai été à la fois surprise, mais ravie de voir qu’il avait trouvé de lui même le chemin… du mur.
Je l’ai donc laissé faire et ai enfin pu constater un réel changement d’allure. Ses feuilles ont grossit, il devient de plus en plus beau. L’inconvénient, et pas des moindres, c’est que je ne peux plus changer son pot d’emplacement. Du coup les rempotages se font sur place, et tout mon green corner tourne autour de « Monsieur. »
Si cela ne vous dérange pas qu’il s’agrippe au mur, laissez-le ! Sinon, il faudra, une fois de plus passer par le point 1 ci-dessus.

À gauche, ma Monstera Acacogayensis fixée au mur, a droite, une autre tige provenant du même pot, non fixée à un support.

Dois-je tuteurer ma plante dès son plus jeune âge ?

Oui. Décidément, je vais encore vous parler de mon Philodendron Melanocysum. Ou plutôt de ses bébés. Les jeunes sujets développent très facilement leurs racines aériennes, c’est donc du pain béni pour les fixer directement sur un support. Sans cela, la tige principale aura tendance à partir dans tous les sens et sa posture ne sera pas esthétique du tout. Au plus vous attendrez, au plus sa tige principale se rigidifiera. Il vous sera alors très difficile voir impossible de lui faire prendre une forme verticale régulière, sans parler des soucis de croissance que vous connaissez déjà.
Prenez un petit bâton, faites une petite boule de sphaigne humide au niveau des racines, puis attachez le tout à l’aide d’une ficelle ou de raphia. Une fois qu’il sera plus grand, vous pourrez remplacer le bâton par un tueur plus conséquent.

Philodendron melanocrysum

Philodendron rubrocinctum

Voilà les amis, j’espère que cet article vous aura plu ! Si vous avez des questions en rapport avec le sujet, n’hésitez pas à m’écrire sur mon compte Instagram , je me ferai un plaisir d’y répondre et d’étoffer la section questions pratiques !
Bonne culture et à bientôt pour un nouvel article !

Portrait de la petite coquine qui s’est incrustée sur les photos !

Sources

exoticrainforest
A Revision of Monstera – Michael Madison

2 commentaires
  • Bonjour Agnès,
    Merci tout plein pour votre article.
    J’ai une question à propos de mon monstera. Il a maintenant 2 ans et il est placé dans un coin peu lumineux car au début j’avais laissé en face de ma fenêtre qui donne sur la terrasse et du coup trop de soleil les feuilles ont brûlées. Conseil de ma mère, place dans un coin peu de courant d’air et pas de soleil direct et c’est ce que j’ai fait.
    J’habite en Suisse et le climat n’est pas comme à Marseille (presque tropical étant plus au sud, Marseille donc)..et il commence à faire froid. Mon monstera qui a fait des nouvelles feuilles cet été commencent à jaunir voir noircir. Je ne sais plus comment faire car je m’occupe (je pense😬😬) comme il le faut mais là je n’arrive plus en plus il est très grand avec un tuteur de 1,50 donc vous imaginez la grandeur Il est devenu moche depuis quelques temps et je ne veux pas m’en séparer de lui, il m’a coûté cher en plus ce grand coquin…
    Merci d’avance
    Karen

    • Bonjour Karine, avec plaisir !
      Ce souci peux apparaitre par rapport à différents facteurs. Comment l’arrosez-vous ? Le monstera deliciosa est assez tolérant mais il faut tout de même penser à réduire les arrosages en hiver. Vérifiez bien qu’il ne soit pas attaqué par des parasites tels que les acarien ou encore les thrips. Le grand monstera que vous voyez dans cet article a été dénudé par mes soins à sa base, il avait 3 pieds qui partaient dans tous les sens. j’ai fini par le tailler pour épurer sa ligne. S’il devient disgracieux, ne pas hésiter à la tailler, réaliser des boutures, et replanter à sa base pour densifier son aspect.
      N’hésitez pas si vous avez d’autres questions 🙂